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20 ans UMSP LEVY-SOUSSAN
23.04.2012 00:00 Age: 7 yrs

20 ans UMSP LEVY-SOUSSAN

Category: Les événements écoulés

DISCOURS EN BONUS RAJOUTÉ !!! Michèle LEVY-SOUSSAN, membre de l’Ecole éthique de la Salpêtrière nous a convié lundi 8 avril 2013, en présence de Jean-Claude AMEISEN, Président du Comité Consultatif National d'Ethique (CCNE)

 

Aux 20 ans de l'Unité Mobile de Soins Palliatifs dans ses nouveaux locaux du Pavillon de la Grille en plein coeur de la Salpêtrière

 

C'était un joli moment en ce lundi 8 avril 2013 entre 13H et 16H au pavillon de la grille au coeur de la Salpêtrière.

Michèle LEVY-SOUSSAN a d'abord exposé avec simplicité, esprit et gratitude ce qui se jouait avec l'inauguration au centre de la Salpêtrière des bâtiments de cette Unité Mobile de Soins Palliatifs.

Jean-Claude AMEISEN, président du CCNE a ensuite pris la parole pour nous délivrer de jolies choses sur l'importance d'une attitude médicale qui ne se limite pas à la compétence technique. Un beau poème de Célan a conclu son discours.

Robert ZITTOUN et Gilbert DESFOSSES nous ont également délivré des choses émouvantes ou amusantes sur l'histoire des soins palliatifs et leurs engagements respectifs.

 

Encore merci à Michèle pour ce moment important qui met sur de bons rails l'Unité Mobile de Soins Palliatifs du Pavillon de la grille.

Adresse de ce pavillon de la grille :

UMASP

3 rue de l'Infirmerie Générale

Secteur Vincent Auriol

Quartier Charcot

Au pied du Bâtiment des Cliniques Médicales.

 Discours tenu par Michèle LEVY-SOUSSAN :

"Merci à vous tous d’être présents aujourd’hui pour accompagner cette étape des 20 ans de l’unité mobile d’accompagnement et de soins palliatifs, qui va poursuivre  son aventure  dans ce lieu d’histoire, le Pavillon de la Grille, au cœur de la Pitié- Salpêtrière
 ( deux entités longtemps étrangères ou rivales, réunifiées avec la création du CHU en  1964). Ce Pavillon de la Grille où nous sommes, édifié vers 1740, était le point d'ancrage de la grille qui ouvrait sur l'infirmerie générale. Le site de Pitié Salpêtrière étendu sur 33 hectares que l'équipe mobile - la bien nommée - arpente quotidiennement depuis 20 ans, a une histoire de 500 ans plus longue, parcourant 4 siècles. Longtemps lieu dédié à l'enfermement des pauvres, l'histoire de l'hôpital croise celle de l'architecture, de  Paris, et bien sûr de la médecine : le Professeur Jaques-Louis Binet, secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine, qui a publié en 1996 "Les Architectes de la médecine"nous fera
l'honneur de parler de ce lieu.


Victor Hugo ne démentirait pas tous ces visiteurs qui cherchent leur chemin aujourd’hui, dans ce qu'il appelait "les pays perdus de la Salpêtrière", "Rien ne serre le cœur comme la symétrie, écrivait-il. C'est que la symétrie c'est l'ennui, et l'ennui est le fond même du deuil". Personnellement, je continue à me perdre non sans plaisir car il est dit de « ne pas demander son chemin à celui qui le connaît, tu risquerais de ne pas te perdre ».
Vous nous direz peut-être, Jacques-Louis,  si nous sommes sur un vestige du petit Arsenal - et avons du souci à nous faire sur cette poudrière - ou dans un manège avec son réservoir - 1725-28 - aménagé par Germain Boffrand, tandis que Manon Lescaut était enfermée à la Force.  J'ai pu lire qu'à cette époque déjà,  la santé financière de la Salpêtriere souciait sa direction, et cette préoccupation financière aurait contribué à faire cesser les convois forcés des femmes vers les colonies. Espérons que nos contraintes financières ne conduiront jamais à de telles extrémités, et participent à nous pousser toujours à de plus justes soins  sur le site.


C’est en ce  jour important pour nous, l’occasion de remercier patients et proches, qui en nous accordant leur confiance, donnent sens à notre  présence, et de remercier toutes celles et tous ceux, qui quotidiennement s’engagent à nos côtés dans cet acte de soin solidaire  porté vers celles et ceux qui sont confrontés, dans l'incertitude, à la maladie, à la perte, au handicap, aux fins de vie – confrontations à la première mais aussi deuxième et troisième personne.  A toutes celles, et tous ceux dont l’existence dépend un temps de la médecine, lieu d’espérance mais aussi parfois d’impuissance douloureuse.


Il y a une trentaine d’années, des médecins, des soignants, et d’autres citoyens s’inquiétaient de la façon dont certains finissaient leur vie dans l'abandon.
Préoccupés des effets d'une médecine réduite à sa seule dimension techno scientifique sur  la personne assimilée à sa seule maladie, et  luttant contre l'acharnement thérapeutique déraisonnable, ils s'engagèrent dans une approche du soin pluridisciplinaire et global auprès des patients.   Ils se mirent à intégrer dans leurs préoccupations, à côté de la survie, objectif prioritaire des médecins, la qualité de vie appréciée par le patient lui-même. Au même moment, une partie de nos concitoyens manifestaient leur inquiétude vis-à-vis de la médicalisation de l’existence et leur crainte de se voir confisquer leur fin de vie par la médecine : ils prônaient le recours à l’euthanasie.


Les Soins Palliatifs naissaient en France  avec quelques spécificités, où, aux côtés des USP sur le modèle des hospices anglo-saxons, nous avons développé les équipes mobiles invitées à  apporter une culture palliative au sein même de la médecine techno-scientifique des CHU notamment. Robert Zittoun et Gilbert Desfosses  témoigneront de cette époque pionnière. Le Professeur Robert Zittoun, chef du service d'hématologie de l'Hôtel-Dieu y créait en 1989 la première EMSP française et Gilbert  Desfosses quelques  années plus tard, en 1993, porteur d’ un projet de création d'équipe mobile nommée UMASP – le mot « accompagnement est  essentiel -  dans notre hôpital,   formant  son équipe avec Simone Bevan et Martine Ruszniewski dont la présence aujourd'hui nous fait très plaisir.


J'appartenais, quant à moi, à une génération de jeunes internes qui découvraient la médecine au moment dramatique où l'épidémie du sida, les progrès continus mais les échecs persistants en cancérologie, neurologie, et néphrologie,  venaient nous bouleverser sans que nos études axées sur la seule dimension technique de la médecine nous aient donné quelques repères pour découvrir (ou redécouvrir)  sa dimension humaniste. Nous sommes allés alors vers les sciences humaines et je remercie mon patron le Professeur Serge  Herson de m'avoir permis de développer ces approches réflexives de la médecine et de nous avoir fait confiance avec  Jean-Christophe Mino en 1996 pour monter un enseignement d'éthique à la Faculté qui se poursuit dans une équipe élargie grâce à Emmanuel Fournier. À la fin de mon clinicat en 2000, je m'amuse à dire que Gilbert  Desfosses  m'a accueilli à bras ouvert pour se "Desfosser"et partir bâtir ailleurs, aux Diaconesses. Nos échanges n'ont depuis jamais cessé.
 
Il y a  15 ans, Pierre Coriat m'a fait confiance pour assumer la responsabilité de l'UMASP et je remercie toutes celles et tous ceux qui se sont engagés à un moment ou un autre dans mon équipe, et ont œuvré pour cette démarche d'accompagnement.  Cette réflexion autour du soin palliatif, longtemps confinée à quelques uns, s’est bien développée et de plus en plus de professionnels de santé se sentent pleinement concernés tous comme nos concitoyens, comme l’atteste la bonne santé de notre CLSP remarquablement présidée aujourd’hui par notre amie Sophie Crozier en lien avec l’équipe de l’umasp. Le travail de l’équipe mobile se déploie également avec nos collègues de l’APHP, nos partenaires d’île de France, sur le territoire national,  ainsi qu’avec des collègues à l'étranger, cette réflexion sur notre médecine qui doit tenir le pari d'une alliance entre  médecine scientifique  et médecine  soignante dans nos sociétés en pleine mutation. Merci à toute mon équipe. e
Je voudrais à ce stade remercier ma chère chef de pôle le Pr Véronique Leblond ainsi que notre cadre de pôle avec toute l’équipe du pôle ORPHE pour la confiance qu’ils nous accordent, ainsi que la direction de l’hôpital et je me réjouis de nos échanges avec Vincent Nicolas Delpeche chez qui je trouve un écho favorable aux approches psycho-corporelles en développement au sein de nos hôpitaux de l’APHP.
 

« Ce qui demeure de ce qui a disparu ».  Par ces mots, Jean-Claude Ameisen, médecin-chercheur, président du Comité Consultatif National d’Ethique, nous invite à un formidable voyage au cœur du vivant, dont la science aujourd'hui bouleverse le regard, regard qui se trouve ému et crée de nouvelles formes... Ces mots résonnent en nous, car notre démarche soignante est aussi voyage à la rencontre de nous-mêmes, "comme un autre". D'un nous singulier et collectif, engagés dans une  médecine scientifique et une médecine soignante unies dans un même mouvement, celui des arts et des sciences, pour ensemble voir plus loin.


"Espérer, c'est s'avancer vers une réalité encore invisible ..."nous dit la philosophe Catherine Chalier. C’est  après ces mots que je voudrais maintenant demander à
 Jacques-Louis Binet, Jean-Claude Ameisen, Emmanuel Fournier, et Robert Zittoun, de nous faire part de leurs réflexions sur cette étape importante de notre UMASP. Je vous remercie".